Service d'aide aux victimes de comportements sectaires

    

Argument 2012
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Citations

Argument "historique"

Argument théorique

 

Citations

Donc, ces personnes et ces familles en même temps connaissent et ignorent la différence entre les générations. Cette coexistence ne paraît aucunement les déranger – et pour cause: un clivage, un vrai clivage sépare la part qui sait de celle qui ne sait pas. (Le clivage peut donc s'étendre au-delà d'un seul individu...) Pour l'observateur – c'est-à-dire pour nous – elle est troublante, elle est déroutante, et elle peut l'être d'autant plus que ces clivés parviennent à jouer de leurs clivages: lorsqu'on croit qu'ils savent, ils manifestent qu'ils ignorent, et lorsqu'on s'est enfin fait à l'idée qu'ils méconnaissent leurs différences, ils protestent avec un hochement d'épaules qu'ils ne les ignorent pas.

Telles sont bien les propriétés et les répercussions des clivages les plus accomplis. C'est ainsi qu'une forte vérité clinique nous saute aux yeux: l'incestuel pourrait bien être un paradis pour le clivage.

Paul Claude Racamier, L'inceste et l'incestuel, 1995, p.102

 

Nous disons donc que dans toute psychose existe un clivage du moi et si nous tenons tant à ce postulat, c'est qu'il se trouve confirmé dans d'autres états plus proches des névroses et finalement dans ces dernières aussi.

Sigmund Freud, L'Abrégé de psychanalyse, 1938, p.78

 

Argument "historique"

Avec nos quatre premiers colloques, nous avons essayé d'effectuer un premier tour de la question sectaire. Nous avons enchaîné avec une année de séminaires sur les "Différentes figures de l'emprise". L'objectif était d'élargir la problématique de l'emprise à d'autres liens pathologiques que le lien sectaire: perversion, abus, harcèlement, etc.

Au fil des séminaires, un concept nouveau s'est peu à peu imposé, celui d'emprise normale. L'idée étant que les figures de l'emprise se déploient sur l'axe du pouvoir moins que sur celui du devoir. C'est ce qui a fait dire à Jacques Lacan que la perversion substitue l'obligation de "jouir" (par exemple, de commettre l'inceste) à son interdit. Ou à Paul Claude Racamier que l'incestuel s'organise autour d'un tabou du tabou de l'inceste. Etc. Le problème n'est plus que le gourou, le pervers, l'abuseur, le harceleur exercent une emprise, mais qu'ils s'appuient sur cette emprise pour transgresser.

Nous avons laissé passer cinq ans avant de reprendre, en 2008, un nouveau cycle de colloques dont l'objectif est de mettre en place une série de concepts de santé mentale qui pour présenter un intérêt général, n'en sont pas moins des concepts cruciaux dans notre travail d'aide aux victimes de comportements sectaires. En 2008, nous nous sommes penchés sur la question de l'éthique, c'est-à-dire sur l'axe du devoir. Et en 2010, nous sommes revenus sur l'emprise, normale versus pathologique. Il reste un certain nombre de concepts cruciaux que nous avons envie de mettre au travail: en métapsychologie, les mécanismes de clivage et de sublimation; en psychopathologie, les addictions sans drogue et les maladies narcissiques; etc. Ces thèmes font l'objet de chapitres entiers dans l'ouvrage bilan de notre président fondateur: "Emprise et manipulation – Peut-on guérir des sectes?".

En 2012, nous avons choisi de consacrer deux journées entières au mécanisme de clivage. Mais y a-t-il un clivage, ou des clivages? Tout porte à croire que le gourou développe un "clivage structurel", et l'adepte un "clivage fonctionnel". Ces deux concepts, nous les devons à Gérard Bayle, qui nous fera l'honneur d'ouvrir la journée du 31/3 consacrée à la clinique du narcissisme, à savoir les problématiques perverses, addictives, traumatiques, psychosomatiques, sectaires, etc.

Le vendredi 30/3 par contre, nous explorerons une tout autre voie, à savoir la clinique du lien. En partant de l'hypothèse qu'en amont des clivages défensifs, on peut trouver des clivages fondateurs: clivage primaire chez Melanie Klein, clivage du sujet chez Jacques Lacan, etc. Nous recevrons entre autres René Kaës, qui posera les bases d'une "troisième topique" articulant la dimension groupale du fonctionnement psychique. Nous nous intéresserons aussi, dans ce cadre, à l'usage fait du concept de clivage dans d'autres domaines que la psychanalyse: politique, sociologie, thérapie familiale systémique, etc.

 

Argument théorique

Le concept de clivage a longtemps été polémique, et l'est peut-être encore pour une part. Le congrès organisé sur ce thème en 1996 autour du rapport de Gérard Bayle a contribué à bien le défricher – et le déchiffrer – en introduisant dans la métapsychologie l'opposition clivage structurel vs clivage fonctionnel, pleine d'enseignement quant à l'opposition maître vs disciple à l'oeuvre dans la perversion, gourou vs adepte dans les sectes, etc.

Le concept de clivage a longtemps été polémique, et l'est peut-être encore pour une part. Le congrès organisé sur ce thème en 1996 autour du rapport de Gérard Bayle a contribué à bien le défricher – et le déchiffrer – en introduisant dans la métapsychologie l'opposition clivage structurel vs clivage fonctionnel, pleine d'enseignement quant à l'opposition maître vs disciple à l'oeuvre dans la perversion, gourou vs adepte dans les sectes, etc.

En paraphrasant le principe freudien suivant lequel la névrose serait le négatif de la perversion, on pourrait considérer le lien, par extension, comme le négatif du narcissisme. Cette considération ainsi que l'examen de la littérature sur le concept de clivage de ces deux dernières décennies nous ont incités à diviser notre colloque en deux journées, dont l'une sera consacrée à la clinique du lien, l'autre à la clinique du narcissisme.

Autour du lien, relevons quelques notions importantes empruntées à divers domaines. C’est ainsi que la sociologie et la politologie soulignent la nécessité structurante des clivages idéologiques (gauche vs droite, etc.) et institutionnels (politique vs législatif, etc.). D’autre part, la thérapie familiale psychanalytique et la systémique sont d’accord pour affirmer que la fondation du couple repose sur le mécanisme de "collusion", qui articule idéalisation, clivage et identification projective. Dans le même esprit, la psychanalyse de groupe affirme que la structuration des groupes repose sur des "communautés du déni" (Fain), ou encore des "pactes dénégatifs" (Kaës), incluant eux aussi une dimension de clivage. Plus fondamentalement encore, les kleiniens soutiennent que le lien mère-enfant passe de façon nécessaire par un "clivage des imagos", puis par la "position schizo-paranoïde"…

En ce qui concerne la clinique du narcissisme, il importe évidemment d'explorer la question de la perversion ("carence narcissique"), mais également celle du traumatisme ("blessure narcissique"), ainsi que différentes cliniques particulières portant sur des champs allant de l'adolescence à la psychosomatique, en passant par les addictions. Il importe également de se pencher sur différentes tentatives de "troisième topique" tenant compte davantage que les deux premières de la dimension narcissique du fonctionnement intrapsychique et/ou de la clinique du lien.

 

Nota: Pour mémoire, les topiques sont des tentatives de cartographie de l’appareil psychique. La topique de 1900 le divise en cinq systèmes: la perception (Percp.), la perception sensorielle (Percp. S.), l’inconscient (Incs.), le préconscient (Précs.) et le conscient (Cs.). La topique de 1920 le divise en trois instances: le Ça, le Moi et le Surmoi.

 

Organisé avec le soutien du membre  

du Collège de la Commission communautaire française

chargé de la Santé

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